Leur nom et leur son nous sont devenus de plus en plus familiers au cours des deux dernières années et comme le groupe a joué assez bien en Wallonie (c’est relatif mais beaucoup par rapport à certains bons groupes du nord) ces derniers temps, il pourrait jouer le rôle de groupe de rock fédérateur dans ce pays. Parce que, derrière Triggerfinger, on trouve non seulement trois superbes musiciens mais aussi trois types vraiment agréables qui jouent du véritable rock dur, mélodique, avec des riffs de guitares superbes, une basse hyper puissante et un batteur qui frappe tout ce qu’il peut ! Il y a des effets sur les instruments, sur les voix et des compositions qui tiennent la route. Difficile de demander plus. Les deux excellents singles ont été remastérisés, les deux reprises décrites dans l’interview sont grandes (quel plaisir de redécouvrir "Commotion" et ces parties de guitares assassines). Un cd que je vous conseille d’écouter au casque et avec un bon volume. Effets assurés car les onze titres valent l’écoute. Si ce n’est déjà fait, voici assurément "LE" groupe "ROCK" belge qu’il vous faut découvrir. LS
La première fois que j’ai vu Triggerfinger c’était au Bota il y a quelques années. Le trio belge y faisait l’ouverture du concert de Zen Guerilla et d’André Williams. Sur un décor lamé argenté, j’avais découvert un bon groupe de rock qui attachait de l’importance à son look. Qui donnait un vrai show. Je ne sais plus comment je suis entré en contact avec leur label (Green L.F.Ant Records – distribué désormais par Bang !) mais toujours est-il que j’ai reçu les singles, les infos et finalement l’album de ce que l’on peut presque nommer un super groupe du nord du pays parce qu’en son sein jouent trois musiciens qui, depuis des années, se produisent sur toutes les scènes dans différents groupes. Peu avant leur concert à Chénée, en support-act de Fred & The Healers, j’ai rencontré Ruben Block, le chanteur guitariste compositeur et beau gosse du groupe.
Es-tu à la base de la formation du groupe ? Oui, j’ai monté ce groupe en 98 à la fin de Sin Alley. J’ai connu Mario (ex Noordkaap, Hoodoo Club), notre batteur, via Guy Swinnen (ex Scabs). A l’époque nous avions un premier bassiste nommé Wladimir Geels. Un jour, Guy Swinnen m’a demandé de venir jouer avec lui avec Mario parce qu’il avait un double booking. Guy avait comme bassiste Monsieur Paul (qui jouait aussi avec BJ Scott). Depuis il est aussi devenu le nôtre ! Mais entre-temps on avait aussi joué avec le bassiste de Noordkaap !
Comme on vient d’évoquer Hoodoo Club, un groupe que j’aimais bien, pourquoi Harald Van Herf, qui était leur guitariste chanteur, et Alex Calier d’Hooverphonic, sont-ils remerciés sur le cd ?
Tout simplement parce qu’ils nous ont prêté du matériel d’enregistrement. Mais il y a beaucoup de personnes qui ont donné du matériel et du temps pour ce cd !
Triggerfinger c’est un peu un "supergroupe" du nord du pays...
Oui, euh ... Je ne sais pas. Mais ce sont de très grands musiciens et le plus important c’est qu’ils savent jouer très fort ! Car Triggerfinger doit jouer fort ! C’est la marque du groupe. Pour moi, c’est vraiment agréable de jouer avec une section rythmique aussi solide : du béton !
Vous avez opté pour le petit label mais de grande qualité “Green L.F.Ant”...
On a rencontré des responsables de divers labels mais avec Eric Lowie tout s’est très bien passé. Il avait seulement Elysian (depuis Mint est aussi sur ce label). Maintenant tout le label est distribué par Bang ! et on a un contrat pour le Benelux, donc c’est parfait. Nous venons de donner quelques concerts en Wallonie avec Fred & The Healers et c’était super, nous avons vendu des boites de cd ! Le rock pur, je ne parle pas du metal, me semble bien accepté en Wallonie. Et cette mini tournée est vraiment une bonne promo pour nous.
Vous avez enregistré deux singles puis cet album après cinq ans d’existence. C’est une longue période...
Oui mais nous avons essayé par deux fois de l’enregistrer avec des producteurs différents mais ce n’était pas ce que nous voulions. Il y avait des éléments de la musique du groupe qui étaient présents mais tout n’y était pas ! Il manquait les couilles ! On a alors décidé de s’auto produire alors que dans nos groupes précédents, on n’avait jamais fait qu’enregistrer. Mais c’est un job très dur ! Non seulement il faut s’occuper des chansons mais aussi de tout ce qui gravite autour, notamment le prix que cela coûte. A la suite de notre expérience, je peux dire “respect à tous les producteurs” ! Ce qui fut aussi difficile c’est d’enlever le côté émotionnel, ce rapport que l’on a avec nos chansons. Se mettre “sur le côté” et leur porter un regard étranger afin d’être objectif n’était pas facile.
Le look, le show... tout cela semble avoir de l’importance à vos yeux...
Oh oui, j’aime cela ! C’est le rock’n roll, c’est le côté show du show business ! Ce n’est peut-être pas nécessaire pour tous les groupes, certains s’en sortent très bien sans cela mais nous, on aime le show, le brillant, les costumes, les cravates!(rires)
On ne parle que rarement d’eux mais vous, vous reprenez de façon géniale “Commotion” du Creedence Clearwater Revival...
Parce que c’est une bonne chanson. C’est Walter Broes, des Seatsniffers, qui m’a suggéré de reprendre ce morceau à cause de ces fameux riffs de guitares. Les grands riffs de guitare, on les adore !
Et “Au suivant” de Jacques Brel ?
C’est une demande pour la télé (Jim TV) pour une série qui s’appelait “Puur Brel”. Mais nous n’avions que trois jours pour le faire et quel morceau fallait-il choisir ? Finalement on a choisi ce titre parce qu’il y avait un riff dedans. On l’a répété deux heures en studio et c’était bon.
Tu connais la reprise de “Ces gens-là” par le groupe français Ange ?
Oui, j’en ai entendu parler et je l’ai lu dans la bio de Brel...
Je trouve un peu de similitude dans la reconstruction des deux chansons au niveau de l’intonation de la voix. Pas dans la musique où vous êtes diamétralement opposé....
Peut-être mais quand tu entends l’original tu te rends compte à quel point c’est bien orchestré. La difficulté c’était de faire autre chose, pas une simple copie... Ce n’était pas évident mais il nous fallait absolument y mettre un peu de sauce Triggerfinger ! (rires)
A quels groupes vous a-t-on déjà comparés ? Allez, moi je donne un exemple : Drivin et On my knees me font un peu penser au hard boogie de ZZ Top….
Oui, oui. Il y a en a dedans ! Mais nous sommes des fans de rock ! Cela commence avec des vieux du country comme Hank Williams puis Steve Earle, The Cramps, Buck Owens, Merle Haggard, Led Zeppelin, AC/DC, The Who, Blondie, The Pretenders, The Beaties Boys. Il y a tellement de bonnes musiques depuis toujours et on écoute de tout ! Mais je pense qu’il y a un son "Triggerfinger" !
Un petit mot sur la pochette et ces "squelettes"…
C’est un ami, Sam Dams, vraiment spécialisé dans le lay-out qui l’a réalisée et les photos sont de Mine Daelemans, la femme de Mario, qui est photographe de presse. On leur a laissé toute la liberté qu’ils voulaient mais on désirait que ce soit représentatif du groupe. Que ce soit fort mais pas hard rock. Je pense que c’est une réussite.
Comment sont les réactions des médias en Flandres ?
Très très bonnes. Partout. Même dans Humo. Là c’était quelque chose d’extraordinaire parce que c’est un magazine très important. En Flandres, tout le monde attend toujours le verdict d’Humo !
Quel est le futur plus ou moins immédiat ?
Oh, tout semble bien aller ! Peter Verstraelen qui s’occupe de notre booking travaille très bien. Mais c’est aussi un ami, il s’occupait déjà de Sin Alley. On jouera peut-être à Nandrin, l’organisateur doit venir ce soir. Je sais qu’on joue au Marktrock et aux Gentse Feesten. Il y a des contacts avec d’autres grands festivals mais là on verra.
Quelques jours après notre rencontre, je recevais un mail m’annonçant que Triggerfinger joue à Werchter le 2 juillet et sur la scène principale. Excusez du peu mais franchement ce groupe le mérite et je suis vraiment content pour eux.