D'abord fermer les yeux pour oublier. Voilà, c'est simple. L'appréhension face à l'inconnu est légitime mais pas de panique : Al Comet (Cometo pour ceux des jungles urbaines) le pilote est un baroudeur de l'espace sonique. Son nom est gravé sur les murs de toutes les galaxies qui ont adopté un jour le principe cher à George Clinton : “ Open Your Mind and Your Ass Will Follow ”. Le beat s'accélère, le bluesman qui sommeille dans chaque voyageur se réveille et la lumière aveuglante annonce une aube nouvelle. “ Process In Motion ”, rockabilly rétro futuriste, shoot d'adrénaline pour mutants curieux, est déjà derrière. Les pieds désormais ne touchent plus le sol : pas le temps de regretter, en route pour la “ White Planet ”, quelque part aux portes de l'infini. C'est fou comme la musique est belle vue d'en haut. Les guitares échappées d'un cauchemar vaudou made in Detroit se frottent aux samples d'un nouvel âge minéral. La fièvre monte, monte et monte encore (“ The Safe House ”) et les souvenirs du monde ancien explosent en mille gerbes psychédéliques. Au milieu des astéroïdes, tout le monde danse le “ Boa Constrictor ”, Hal, le computeur du Discovery, est derrière les platines. La nouvelle planète est en vue, le vaisseau glisse dans l'immensité spatiale. Jimi Hendrix, parti au siècle dernier en éclaireur, va venir à la rencontre de l'expédition Cometo. La rétine stimulée par le flux électrique imprime des images fastueuses : cathédrales gothiques qui flottent en apesanteur (“ The Crossroad ”), tribus des jungles anciennes dans l'attente de la nouvelle icône, oiseaux aux formes improbables immobiles face à l'éclat d'un soleil pourpre… La bande-son, clash organique, orgasmique entre mélodies hantées et techno purifiée, distille ses tubes martiens ( “ New Answers ”, “ Human Experiment ”). Les tympans sont nettoyés, prêts pour une nouvelle révolution musicale non formatée. L'épopée est belle, elle qui connecte le corps et l'esprit sur des expériences nouvelles (“ Brain New ”). Mais le cœur continue de battre, l'âme dicte ses choix (“ Regular ”). “ White Planet ” : grand disque si loin de ces fausses harmonies qui jour après jour trahissent puis effacent le souvenir des pionniers. Ne rallumez pas la lumière, le voyage vient seulement de commencer…
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